J'ai apprivoisé le bonheur

J'ouvrais toujours les oreilles pour les autres et je les fermais pour ce qui me faisait vibrer comme si les deux attitudes étaient inconciliables. Je clamais que l'altruisme me caractérisait sans posséder une once d'égoïsme. Mais entre être égoïste et être attentif à ses désirs, il y a un juste milieu. Je n'en étais pas conscient. Maintenant, j'écoute les chansons au fond de moi qui chantent mes envies pour mieux m'épanouir.

Hier, je constatais que mon ami compatriote négociait au mieux le passage entre son passé et son présent. Il avait trouvé sa place.

La perte de son travail ne lui laissait aucune amertume car il s'était rendu compte qu’il ne l’enrichissait pas. Il l’exerçait pour nourrir sa famille, pas plus. Il se jurait d’exercer une activité par choix et non par obligation. Son côté altruiste le poussait vers les associations qui tendent la main aux plus fragiles. Il ne voulait plus jouer un rôle mais être lui-même dans n’importe quelle situation. Il me confia que son fauteuil roulant au début le gênait à cause de certains regards. Après quelques mois de réflexions sur lui-même, après quelques mois de doutes, il passa aux actes car les plus grands regrets éprouvés naissent des actions que l’on n’a pas osé entreprendre. Son bonheur présent tirait sa source de ce sentiment d’évidence qu’il avait d’être là où il devait être et de cohérence dans la mesure où c’était là qu’il voulait être.

La petite voix de mon cœur me pousse à allumer mon ordinateur pour me réaliser dans le plaisir d’écrire. J’assemble des phrases, j’imagine, je crée pour aboutir au plus précieux de la vie : mon bien être. Qu’importe la maladie et les handicaps qu’elle impose, j’ose affirmer mes singularités et mes différences qui contribuent à me considérer et atteindre mon équilibre.

Entre deux phrases couchées, je lorgne les connectés sur MSN. J’aperçois Océane. Elle fait partie aussi de mes passions alors je la retrouve. Sans pudeur. Sans façon. Notre dialogue dérape vite sur le sexe. Elle assume ses différences. Je dois l’aimer aussi pour cela. Elle m’apprend ses aventures nocturnes dans son sauna habituel. Découverte de nouveaux partenaires, exploration de nouvelles manières de jouir. Elle me confie l'énorme place du libertinage dans sa vie. Elle ne me l’aurait pas dit, je l’aurais deviné. Maintenant, jusqu’à quel point doit-elle assouvir ses envies et ses désirs ? Les satisfaire débouche sur la plénitude d’après mon constat sur son enthousiasme.  Mais  si cela devient une dépendance, je crais que la liberté, porte qui s'ouvre sur le bonheur, soit écrasée.

Elle me déclare aussi qu’elle m’aime parce que je respecte sa liberté. Un paradoxe incroyable car si je ne l’enchaîne pas, le sexe lui met des chaînes. Je crois qu’il faut doser nos envies et nos émotions.

Dans quelques jours, elle partira à l’autre bout de la France pour une soirée de libertinage qu’organisent plusieurs couples qu’elle a croisés sur un site d’Internet. Je ne sais plus que penser de ses excès. Dois-je m’interroger ou laisser agir le temps ? Il est le sablier de notre existence et la réponse à nos questions. Plutôt que de m’enliser dans les mouvances de mon scepticisme, je choisis de me promener encore dans mon plaisir de l’instant. Demain sera un autre jour. La maladie est là pour me le rappeler sans cesse.

Pendant des heures, Océane m’enflamme, m’excite et me fait oublier tout ce qu’il y a autour de moi. Je ne prends même pas le temps de faire ma toilette, de ranger la maison et de préparer le repas. Quand je suis en rapport avec elle, les aiguilles du temps se coincent. Mais est-ce par pur amour ou surtout pour le sexe et l’érotisme dont elle m’imprègne ? Je cède certainement à ma plus basse faiblesse située au dessous de la taille. Je ne pense pas que ce soit la meilleure des solutions. Il arrivera un moment où je m’apercevrais que je passe à côté de ma vie parce que je n’aurais plus pris le temps de faire quoique ce soit, et finalement je ne me serais pas réalisé. Alors je reprends les commandes de mon esprit en retrouvant toute ma lucidité. J’ai assez fantasmé pour aujourd’hui. Cela m’a permis de me régénérer un peu  mais il ne faut pas que j’exagère. Si je fais abstraction de la réalité, je n’ai plus aucun repère. Je perds la totale notion du bonheur puisque je gâche mon temps à l’imaginer seulement. Après une série de baisers virtuels entre Océane et moi, je me remets à écrire. Mon seul but dans ces mots étant de m’épanouir et si jamais ils sont édités de vous tendre ma main. Rien n’est jamais sûr et tout peut être remédiable. La maladie me l’a enseigné. Les années aussi sûrement. Il est incontestable que le bonheur dépend de notre volonté à le vouloir avant tout. C’est pour cela que j’affirme avoir appris le bonheur. Je l’ai apprivoisé comme je l'ai fait avec ma petite chatte « Grisette ». Avec amour. Avec patience. Parfois félin, parfois distant, il revient toujours vers moi car je fais tout pour. Si les événements ne se déroulent pas toujours comme je le voudrais, je pense à ces fameuses paroles de Fernandel : « moi, je suis comme tout le monde. J’ai des gros chagrins et des petites joies. Les gros chagrins je les cache. Les petites joies je les laisse paraître. »

Il avait sûrement raison. Il avait peut-être oublier d’ajouter que les petites joies repoussaient les gros chagrins. Tant que nous avons le privilège de goûter à de petits plaisirs quotidiens accessibles à tous, pourquoi devrions nous nous lamenter sur notre sort ?

Comme nous tous, j’ai beaucoup évolué depuis ma naissance. Mon retour vers le passé m’a permis de constater que je ne dois pas me laisser abattre. Les problèmes ne doivent pas nous paralyser mais nous pousser à les régler.

Je ne veux pas oublier que le bonheur s'apprend tous les jours de la vie. 

 

 

 

 

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