J'ai apprivoisé le bonheur

CHAPITRE 22

 

 

Devant Monsieur le maire et Monsieur le curé, Titi joue la comédie du bonheur. Les fastes autour de la cérémonie lui semblent tellement superflus. La joie gravite autour de lui avec les convives qui rient, plaisantent et applaudissent. Mais elle dépasse Titi, otage de son attention à ne pas tomber. Il se force à sourire mais son cœur pleure car il est prisonnier d’une solitude que les autres ne comprennent pas. Comment d’ailleurs le pourraient-ils puisqu’il la garde en silence ? Depuis son accident de la route, il croyait surmonter tous les malheurs que peut occasionner la vie. Mais il n’en est rien. A côté de chaque blessure du cœur qu’il soigne, une nouvelle s’ouvre. La frustration l’étouffe et l’énerve aussi. Il commet le fâcheux défaut de croire que tout est fixé d’avance dans son existence et qu’il est contraint à marcher dans le noir toute sa vie.

- « Titi, tu as oublié combien la vie pouvait être belle ? »

- « J’en doute souvent en ce moment. Mon épouse a toujours besoin que je lui remonte le moral. Toujours stressée, elle se fait une montagne d’un petit détail. Je vis avec une maladie contraignante. Et par dessus tout, je dis toujours « oui » même quand j’ai envie de dire « non ».Pourtant j'ai fait beaucoup d'efforts pour me corriger. »

- « Tu n'en as pas assez fait ou tu es trop impatient, laisse le temps faire son travail. Es-tu heureux de ton mariage ? »

- « Mon mariage? Parlons en. Une cérémonie est une fête aussi. Toute ma famille riait, dansait au milieu de la salle que nous avions réservée. Le tempérament de ma famille épousait l’ambiance musicale. Je les aurais rejoint avant la maladie, et me serais placé au point culminant de la fête, de ceux que j’aime et qui avaient les chemises les plus trempées mais… »

Titi amorce un long silence.

- « Mais quoi ? »

- « Tu sais bien. La maladie m’a forcé à rester assis, près de ma femme qui n’a jamais connue la fête. La danse n’est pas sa passion comme d’ailleurs des tas d’autres choses que je faisais avant la maladie. »

- « Tu as quand même profité de la musique ? »

- « Oui. C’est vrai. Mais je n’ai pas pu rire comme je voulais car mon épouse m’enguirlandait chaque fois que je faisais le pitre. »

- « T’es-tu quand même plus attaché à ce que tu pouvais faire qu’à ce que tu ne pouvais plus ? »

-        « Oui. J’étais obligé, non ? Quand on n’a pas le choix, on fait avec. Mais les diaboliques privations me torturaient. »

Titi sort de la maison et ouvre le portail.

- « Si j’oublie de le faire, Laurence enrage et aboie après moi comme un chien qui n’a pas son repas. Alors déjà qu'elle est sous haut voltage à la sortie de son travail, je ne veux pas en rajouter. » 

- « Tu n’as pas de bonnes nouvelles à me confier ? »

- « Attend faut que je réfléchisse. »

Titi se dirige dans sa chambre. Il s’assoit devant son bureau, déchire une feuille de papier de son cahier et note les bonnes et les mauvaises nouvelles.

C’est bien connu qu’avec le bien il y a le mal et inversement.

Depuis que j’use de l’outil informatique, j’ai constaté que dans tous les domaines nous étions confrontés à l’opposition constante entre le bien et le mal. Ils sont inséparables.

L’ordinateur et Internet par exemple sont un bien considérable pour le progrès et pour leurs heureux utilisateurs. Pour parasiter cette satisfaction, les virus, les chevaux de Troyes et les vers entrent en application. Sans utopisme et d’idéalisme aveugle, les hommes savent rétorquer contre le mal comme contre ces mêmes virus. Ils les éliminent avec de la pratique, de la ténacité et des moyens pour le faire. Vaste sujet du bien contre le mal, du positif contre le négatif mais l'équilibre entre l'un et l'autre existe, alors pourquoi se laisser abattre?

Titi m’annonce que les mauvaises nouvelles mais je suis sûr qu’il y en a qui sont bonnes. Il suffit qu’ils les cherchent. 

Il a le visage qui s’illumine.

- « Alors Titi, as-tu trouvé de bonnes nouvelles ? »

- « Oui. Mais je n’y pensais pas, trop entraîné dans la manière de vivre que m’impose Laurence. »

- « Laquelle est-ce ? »

- « Je vis. Et les gens m’aiment. » 

- « C’est déjà bien. Et pourquoi les gens t’aiment-ils ? »

- « Je ne me suis pas demandé pourquoi. Ils m’aiment.Ca me suffit. »

- « Ok. Et tes autres bonnes nouvelles ? »

- « J’ai une belle maison, un jardin parsemé de fleurs, une voiture. Je conduis. Je me déplace avec difficultés mais je bouge. Je vois. Je parle. Et tous les matins, j’apprécie le jour qui se lève. » 

Quand je travaillais je me souciais juste d’arriver à mon travail à l’heure. J’ouvrais les volets. Le soleil m’inondait le cœur comme si j’avais appuyé sur un interrupteur pour allumer une salle obscure. Mais je n’y attachais aucune importance car c’était naturel pour moi. Je prenais juste mon déjeuner et je partais vite.

- « Thierry as-tu réussi à dénicher les raisons qui t’ont poussé à venir me voir ? »

- « Oui. Il y a longtemps. Aujourd’hui je suis avec toi simplement pour les offrir. »

- « Les offrir à qui ? »

- « A personne en particulier et à tout le monde en général. La générosité du cœur est précieuse pour celui qui la reçoit et celui qui la donne. Tous les rapports humains sont riches car il y a une offrande qui les unit. C’est comme la nature qui donne sans compter sa flore, sa faune, ses saisons et ses astres. »

- « D’accord. Alors tu t'es reconstruit. Pourquoi ne me renseignes-tu pas sur le chemin à suivre pour le faire ? »

- « Car ce n'est pas encore ton heure. Nous ne pouvons pas changer le cours du temps.   Puis, il n’y a pas d’itinéraire unique. Chacun doit trouver le sien. Si je me suis reconstruis c’est parce que tu as fait des erreurs. Tu as rencontré des problèmes psychiques et extérieurs. Je ne me suis pas caché les yeux. Je les ai affrontés. Mais le passé reste derrière. Notre présent peut en être affecté comme notre futur. Nous ne pouvons pas le modifier, seulement y apporter des remèdes pour continuer à avancer. »

Titi range la feuille où il a inscrit les bonnes nouvelles qu’il m’a énumérées. Il s’allonge un moment, allume la radio et ferme les yeux.

Je faisais cela souvent pour m’échapper dans des rêves où j’inventais le bonheur. Je sais maintenant qu’il s’apprivoise dans la réalité aussi.

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