Extrait de mon roman "un amour d'étoile"

 

 

 

 

(...)Hier après midi, je suis allé en ville avec maman, papa et papi. Dans la voiture, j’étais à l’arrière à côté de papi. J’ai ouvert la vitre parce que j’avais chaud. Nous roulions lentement. Ce n’était pas l’habitude de papa mais il y avait un grand cortège devant nous. Je me suis dressé pour mieux regarder. Un long couloir humain noir avançait. Il y avait beaucoup de gens qui pleuraient. Je ne l’ai pas vu. Mais je l’ai vite imaginé grâce aux mouchoirs que les personnes en noir avaient dans la main. J’ai même remarqué certains qui les frottaient sur le visage. Aucun doute. Tout ce monde était malheureux. Je n’avais jamais connu cela. Pépé m’a dit que c’était la mort qui roulait. Cette expression est bizarre. J’ai surpris aussi papi et maman verser quelques larmes. Ils sont sensibles comme Mamie. Par contre papa ne verse pas une larme. Peut-être que ses yeux sont secs. Il existe bien le désert et les bois verts. Pourquoi n’y aurait-il pas des gens arides et d’autres fertiles ?

Marine me manque. J’aurais apprécié qu’elle nous accompagne, mais ses parents ne voulaient pas la laisser seule avec nous. Il y a des parents qui exagèrent quand même. Il faut toujours qu’ils surprotègent leurs enfants et qu’ils ne leurs fassent pas confiance. Marine n’aurait pas été mal avec nous. Je suis son amoureux donc je suis aussi son protecteur. Elle ne risquait rien avec moi. Enfin quand nous serons grands, nous nous marierons et les parents n’auront que le choix de se taire. J'extrapole là. Ma Mamie m’a appris ce mot et je l’ai tout de suite retenu car il fait savant. Mamie pense que la culture, c’est comme la confiture. Plus on l’étale et moins on en a. Je ne veux pas retenir tous ces mots savants pour donner l’impression que je suis plus cultivé que mes copains. C’est juste pour agrandir mes connaissances personnelles. C’est vachement utile dans la vie de connaître beaucoup de choses. Autrement on est toujours à la traîne. Si je veux devenir professeur, il faut que je m’applique à être le plus instruit possible.

Dans le parc zoologique, j’ai découvert une variété d’animaux. Nous sommes venus au zoo parce que ma famille voulait me sortir. Papa se plaint toujours que je reste trop souvent et trop longtemps dans ma chambre depuis que je suis séparé de Mamie. Ce n’est pas de ma faute. Mamie n’avait pas qu’à partir sans moi ! Puis dans ma chambre, je me suis créé de la compagnie.

Il y a mon journal secret. Celui là, je l’enferme à clé dans le tiroir de mon bureau en bois verni. Le bureau est un cadeau de mon papi pour un de mes anniversaires. Il est plus vieux que la somme des âges de Mamie et de papi. C’est dire combien il est ancien. Mamie a quarante-cinq ans et papi cinquante. Tout le monde m'envie d’avoir des grand-parents si jeunes. Je ne m’en rends pas compte car je n’ai qu’eux. Les parents de mon papa sont partis dans le ciel. Je ne les ai jamais connus. Pourtant, ils ont leur place dans mon journal. Depuis que je suis allé voir plusieurs docteurs pour mon imagination galopante, on m’a conseillé d’écrire toutes mes idées et toutes mes émotions.

Les docteurs ont été impuissants face à moi. Ils auraient aimé sans doute pouvoir dompter mon imagination. Mais elle est encore plus sauvage qu’un cheval camarguais. Alors, ils ont pensé que si je la fixais sur papier, elle ne pourrait plus partir. Ce dont ils ne se doutent pas, c’est que mon esprit engendre les pensées, comme les nuages libèrent la pluie. Ils ne sont pas prêts d’endiguer mon imaginaire. Une fleur qui flétrit, repousse ensuite. Ils devraient savoir cela, eux qui ont fait beaucoup d’études.

Il y a aussi mon nounours en peluche. Il est un des mes amis préférés. Il est agréable de le caresser. Il est trognon, balourd et distrait. Chaque fois que je lui parle, ses yeux bleus restent fixes, et quand je l’interroge sur tel ou tel problème, il ne me répond pas. Il y a des personnes qui discutent par l’esprit. Ils lisent dans la pensée comme moi je lis mes bandes dessinées. Je suis persuadé qu’il s’agit de cela pour mon nounours. Il s’appelle Bob. Je l’ai baptisé ainsi parce que c’est facile à retenir, puis c’est un surnom qui sonne agréablement. Le « o » semble être protégé par les deux « b » qui sont chacun d’un côté, ça rassure. C’est comme pour moi. Quand je marche dans la rue, je préfère le faire avec Mamie et pépé qui me tiennent la main chacun de leur côté. D’ailleurs ils le font systématiquement, car eux, ils lisent dans mon cœur. Maman et papa ne me donnent jamais la main parce que papa affirme qu’il faut que je devienne un homme très vite. Je sens bien que maman me la donnerait volontiers, mais quand papa lance un ordre, il faut l’écouter autrement il s’énerve dangereusement. Pourtant, les hommes donnent aussi la main aux grandes personnes. Chaque fois que Mamie et pépé partent ensemble se promener, je les vois toujours la main dans la main. C'est charmant et attendrissant.

Je ne sais pas si c’est parce que je suis trop petit, mais il y a souvent des histoires d’adultes que je n’arrive pas à saisir. Si j’étais à leur place, j’agirais différemment. Quand papa revient du travail, il branche la télévision, s’assied sur le fauteuil, se déchausse, ordonne à maman de lui servir un pastis bien frais et de lui apporter ses pantoufles. Après, quand vient l’heure de manger, il met les pieds sous la table. Il attend que maman dresse la table, prépare la cuisine, et se fait servir comme un roi. Je ne me comporterai jamais comme cela avec Marine. Je l’aiderai toujours.

Je déteste l’injustice, et je définis le genre de comportement de mon papa comme une lourde injustice. Mamie affirme que tout le monde doit mettre la main à la pâte. Elle a encore raison. C’est comme la devise de l’état « liberté, égalité, fraternité ».

Un jour, j’ai cherché dans le dictionnaire ces mots. Rien n’est vrai dans cette devise. « Liberté » a plusieurs signification car la liberté c’est vaste. Plus c’est vaste et plus le mot prend de sa véracité. Quand je suis dans la prairie, je vais souvent voir les vaches, je sens un air de liberté parce que devant moi, il n’y a que les vaches et l’horizon qui rejoint le ciel. Là, aucun problème, il n’y a plus de contrainte. Quoique, si on réfléchit un peu, par convenance, je ne peux pas faire pipi au milieu du champs, ni amener une vache avec moi si je le veux parce que la vache n’est pas à moi. Il y a ce foutu terme de propriété qui élimine tout sentiment de liberté. Pour moi, la liberté est un sentiment. Le sentiment d’être heureux parce que l’on peut faire totalement tout ce que l’on veut. Mais il ne faut pas être idiot, ça n’existe pas. A partir où il est établi une certaine convention, des règles, des lois administratives et morales et que nous sommes obligés de les suivre strictement, la liberté est bafouée.

Prenons maintenant le mot « égalité ». Celui ci aussi, il est beau, il me plaît. L’état sait ce qu’il fait. Il n’aurait pas utilisé par exemple « inégalité ». Pourtant de la réalité, c’est celui qui s’y rapproche le plus.

L’autre jour, avec Mamie, nous sommes allés faire des courses. Je l’accompagne toujours car elle m’achète des gourmandises. Devant l’entrée du magasin, il y avait deux messieurs et une dame sales qui tendaient la main. Ils faisaient la quête. Mamie a lancé deux pièces de deux euros dans le chapeau. J’aurais préféré qu’elle me les donne. Mais j’ai quand même eu mes gourmandises, il faut être altruiste dans la vie. Ce mot aussi, je l’adore. Il fait peut-être un peu moins savant mais Mamie en me l’expliquant m’a appris qu’il y avait la racine latine « alter » qui signifie « autre » et je dis que l’on ne doit pas négliger l’autre. Cette réflexion vient aussi de Mamie. Ma grand-mère est vraiment formidable, je vous l’ai déjà dit et je vous le répéterai. D’ailleurs, ne vous étonnez pas quand j’emploie des mots qui ne sont pas de mon âge. Mamie m’en a appris beaucoup. Autant que je les utilise. Je ne veux pas qu’ils prennent de la poussière dans ma tête, car j’ai horreur du ménage. Chaque fois que maman le fait, je m’en vais dehors rejoindre mon chien « Magnum », surnom identique au héros de l'ancienne série de télévision. C’est moi qui l’ai choisi.

Après la curieuse égalité que vous avez aperçue je suppose, dans la main tendue du monsieur qui n’attend que d’entendre sonner une pièce dans son chapeau, il y a aussi le mot fraternité.

La fraternité, c’est des liens de solidarité ou d’amitié entre les personnes, c’est ainsi que le Larousse le définit. Je doute encore. Quand je suis allé chercher le pain l’autre matin, j’ai vu un monsieur accoutré drôlement. Il avait une cagoule. Il a frôlé à toute vitesse une dame âgée, et lui a ravi son sac à main. La dame a crié « au voleur », et n’arrêtait pas de s’agiter. J’ai même cru qu’elle allait lui courir après. Il y avait quatre hommes près d’elle. Aucun ne l’a aidée. L’un d’entre eux, sûrement par politesse, s’est avancé pour savoir si elle avait besoin d’une quelconque assistance. La pauvre dame se plaignait du vol de son sac et à part de courir après le voleur, il n’y avait vraiment rien que l’homme puisse faire. Si j’avais été plus grand, je me serais lancé à sa poursuite comme les justiciers à la télévision.

Je suis obligé de m’interroger. Pourquoi le gouvernement a une devise aussi prometteuse qui n’est pas appliquée ? C’est facile d’écrire, de parler mais encore faut-il employer les mots justes et les appliquer. Je crois que la devise est plutôt un slogan comme la publicité qui passe à la télévision. Les gens vous vantent la qualité d’un produit qu’ils ne connaissent peut-être même pas. Ils vous incitent à l'acheter. Et ce sont eux que l’on rémunère, il paraît, cher.

Il y a un proverbe qui énonce : « qui s’en mêle ne s’en démêle ». Si tous les êtres respectaient les affirmations des proverbes, déjà que c’est le chaos alors là ce serait le bordel total. Excusez moi du gros mot mais il y a des mots familiers qui ont plus d’impact. Celui là entre autres image à la perfection ce que je veux dire.

Je m'interroge sur le départ de Mamie ? Si elle m’a laissé c’est que cela doit être très important. Peut-être qu’elle reviendra charger de cadeaux pour moi. Elle adore m’en offrir. Il est sûr, qu’avec ou sans cadeaux, ma Mamie sera accueillie avec soulagement et euphorie de ma part. Je l’embrasserai de toutes mes forces car nous aimons tous les deux. Ensuite, je lui demanderai de me raconter son voyage et je me précipiterai dans ma chambre pour le conter à Bob et à mon cahier. Ce qui est appréciable avec eux, c’est qu’ils enregistrent tout sans contredire(...)

 

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