Extrait de mon roman: Mami

Il y a des rumeurs qui causent autant de ravage que toutes les catastrophes naturelles de la terre. Quand mon entourage m’annonça que Mamie était morte, un raz de marée dévasta mon coeur. Etait-ce possible ? En y réfléchissant bien, non. Avant de pousser son dernier soupir, elle m’aurait dit adieu. J’en suis certain parce qu’entre Mamie et moi, c’était à la vie à la mort. Alors, je séchais mes larmes, et avec beaucoup de colère, je les méprisais de me mentir.

Elle était absente depuis plusieurs semaines. Mais sans aucun doute, elle allait revenir. Avant son retour, je vais vous confesser certaines choses, qui valent le coup d’être entendues, comme dit papa quand il s’énerve contre maman. Avec lui, tout est prétexte à colère et c’est toujours lui qui a raison. La raison est peut-être de son côté, comme parfois elle l’est du côté de maman.

Mamie affirme qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et que personne ne détient la vérité ultime. Je suis de son avis.

L’autre jour à l’école, mon copain m'a traité de sale menteur car je lui affirmais que la maîtresse avait changé de couleur de stylo. Maintenant elle écrit en bleu parce que cette couleur est plus vivante. Elle rappelle le ciel, la mer, l’océan et aussi ses yeux. Ma maîtresse a de jolis yeux bleus. Papa me l’a confié. C’est peut-être pour cela qu’il l’a invitée au restaurant. Mais cela est un autre sujet. Je vous en parlerai plus tard.

Mon copain s’est énervé contre moi. Il n'aurait pas du. Mamie, elle sait. Personne ne possède la vérité absolue. En classe, la maîtresse a sorti ses deux stylos, le bleu et le noir du cartable en cuir marron. Elle a grondé mon ami parce qu’il était trop bruyant et qu’il dérangeait le cours. Je souriais. Il a toujours le dernier mot avec moi et même quand il a tort, je suis obligé de me taire car il devient tout rouge et me menace de ses poings. Il est fou.

J’ai horreur de la violence. Les gens se frappent parce qu’ils sont incapables de se parler. Peut-être que lorsqu’ils étaient petits, les adultes ne leur ont pas appris à discuter. Mamie affirme que la communication est une des plus importantes richesses de l’être humain. D’ailleurs, un jour elle a proposé comme sujet de dissertation à ses élèves « l’incommunicabilité ». Je ne savais pas exactement ce que cela signifiait. C’est un mot compliqué. Mamie m’a expliqué qu’il s’agit de gens qui ne se comprennent pas. J’ai battu longuement l’air avec la main et je lui ai répondu qu’il y en a beaucoup.

Les premiers sont mes parents. Ils sont gentils de m’avoir donné la vie. Je ne sais pas comment ils ont fait - une histoire d’adulte et de zizi - mais je trouve que c’est magique. Par contre, ce qui l’est moins, c’est qu’ils crient tout le temps. Quelle tristesse! Je les aime mais pas comme mes grands-parents. Mes parents m'ont fait. Pourtant ils ne s’occupent pas de moi.

Quand je pleure, qui est-ce qui vient sécher mes larmes ? C’est ma Mamie. Quand je ne m’endors pas la nuit, par peur du noir, qui est-ce qui vient s’asseoir sur mon lit et me tenir la main ? C’est Mamie.

Papi est gentil aussi. Il n’est pas comme tous les autres hommes. La guerre l’a beaucoup marqué. Il n’en parle jamais. Mais il a gardé des cicatrices sur le visage. Mamie m’a appris que sa blessure est surtout à l’intérieur. Je pense comme elle. D’ailleurs je pense souvent, pour ne pas dire toujours, comme Mamie. Ma grand-mère n’est pas comme toutes les grand-mères. Je vous l’assure. Tous ses élèves l’adorent. Je comprends pourquoi. Plus grand, j’aimerais qu'elle soit mon professeur. Mais elle ne veut pas. Elle utilise comme excuse que je suis son petit-fils et qu’elle aurait du mal à rester impartiale. Mon œil ! Ma grand-mère m’aime trop. Elle me répète toujours que l’on n’aime jamais trop et que la mesure de l’amour est d’aimer sans mesure. Là, je ne suis pas d'accord avec elle. Pourquoi y aurait-il des suicides par passion, et des meurtres aussi, si aimer trop n’était pas dangereux? J’ai mes propres opinions. Je suis petit et intelligent. Tout le monde le souligne.

Je regarde souvent la télévision. Grâce à elle, j’apprends beaucoup de choses avec les actualités. Mais c’est souvent des choses qui me font pleurer ou que je ne comprends pas. Pourquoi les hommes font la guerre ? Je ne comprends jamais quand le présentateur explique que les rebelles font parler le fusil pour se faire entendre. Je n’ai pas besoin d’avoir un fusil pour me faire entendre. On m’écoute rarement parce que je ne suis qu’un enfant, mais je leur montrerai quand je serai grand de quoi je suis capable.

Je veux être professeur comme Mamie. Pour l’être, elle a été très courageuse. Elle m’a raconté qu’elle vivait à l’autre bout de la France avant. C’était la guerre de 1914-1918. Son papa est mort pendant celle-ci. Il traversait un pont qui a explosé. Avec sa soeur, elle a été élevée par sa maman. Celle-ci a eu très tôt les cheveux blancs. Mais elle possédait plus de courage et de ténacité que plusieurs têtes blondes ou brunes réunies. Elle a transformé la boulangerie de son mari en épicerie. Elle s’est mise à travailler d’arrache-pied pour nourrir ses deux enfants comme un forçat casse des pierres. Grâce à elle, ceux-ci ont pu étudier convenablement.

Ma grand-mère a été obligée de quitter sa ville parce que l’école normale était située très loin de chez elle. Elle a atterri, ici, dans ma ville, à Rognac située près de Marseille. Rognac n’est pas tellement grand mais il y a mon école et ma chérie, Marine. Elle est délicieuse comme ces bons cakes au beurre que Mamie prépare pour mon anniversaire. Il paraît que « mon » et « ma » ne s’emploient que dans certains cas et moi j’utilise ces mots dans tous les cas! Mamie me le reproche souvent. Mais je ne peux pas me corriger. Je ne suis pas possessif. Je prête tous mes jouets et j’offre tous mes bonbons quand j’en ai. Mais je ne peux pas faire autrement pour certaines choses. Par exemple Marine, c’est ma fiancée. Ma fiancée reste ma fiancée. Ce n’est pas l’amie d’un autre que je sache. Pourquoi devrais-je dire, « Marine est la fiancée. » La fiancée de qui ? 

Je dois me dépêcher parce que je ne veux pas que Mamie me surprenne devant mon bureau à noircir des pages entières. Elle m’a toujours répété qu'elle adore ce que j'écris. Alors je profite qu’elle ne soit pas là pour lui consacrer quelques pages. Je les lui offrirai. Elle en sera émue, et son émotion inondera mon cœur.

C’est un secret entre vous et moi. Chut ! Restez avec moi, je suis petit mais j’ai des tas d'histoires à vous faire découvrir. Des pensées qui valent la peine d'être partagées. Croyez moi, il n’y a pas que les grands qui sont intéressants.

 

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