la différence fait peur



(...)Dans le dictionnaire le « trait » a plusieurs significations. En littérature, il définit un propos blessant. En grammaire, un tiret indique le changement d’interlocuteur ou il sert de parenthèse dans un texte. Dans la « SEP », mon trait est blessant dans la mesure où il concerne l’indifférence et mon tiret succède au trait pour tolérer la différence.

La différence génère l’indifférence. Je l’avais constaté bien avant la maladie et déjà j’en étais exaspéré mais je n’aurais pas parié la subir un jour avec tant d’acidité. Un acide invisible qui perce le cœur de toute part. Le temps et la ténacité ont cicatrisé mes plaies lorsque je suis parvenu à ne plus vivre pour et en fonction des autres, lorsque je suis arrivé à être moins perméable. Ce sont les sentiments qui me causent le plus de ravage. Heureusement que l’intolérance élaborée par certains est ombragée par la compassion et l’amour des autres car ce sont toujours les bons sentiments qui prennent le dessus. A présent, quand je suis meurtri par le dédain de quelques personnes, au lieu de me laisser tirer vers le fond de ma peine, je remonte aussitôt en surface en pensant à tous ceux qui m’aiment. Même s’il reste encore du travail à accomplir au niveau de la solidarité, il y a des gens qui ont la main sur le cœur et c’est pour cela que je ne sombre pas.

Quand je voyais régulièrement Hélène, la sophrologue qui vit par la compassion et l’amour comme le fait le dalaï-lama, elle me répétait sans arrêt que je n’étais en aucune manière différent des gens valides. Je possédais mes qualités et mes défauts et j’avais un énorme soleil dans le cœur qui attirait. Je ne devais pas faire une obsession de la « SEP » et tenter d’être heureux comme si je ne l’avais pas(...)


(...)

Je me souviens d’une jeune femme qui, en toute apparence, était belle de l’intérieur. Au départ je lui avais dissimulé ma maladie. Je lui avais seulement communiqué que j’avais une myélite, une inflammation de la moelle épinière. Je plagiais les médecins. C’est moins agressif, beaucoup plus vague aussi. En adoptant cette technique je ménage la réaction des gens. J’attire, je séduis, ensuite j’annonce ma « SEP ». Selon l’intelligence, j’obtiens les attitudes visées. Comme quoi, il est essentiel de posséder un vocabulaire riche !

Mon système avait bien agi sur cette beauté intérieure illusoire. Nous étions assis ou nous marchions très peu et elle ne remarquait pas mon handicap. Nous riions de tout et de rien, surtout du principal en échangeant dérision, humour, amour et entente exceptionnelle.

Quelques mois après, je décidais de lui parler de la « SEP ». Le temps nous avait permis de mieux nous connaître, de nous rapprocher. L’instant était propice aux aveux. J’amenai le sujet progressivement :

- « Tachons d’en profiter un maximum. Nous ne savons pas de quoi sera fait demain. Il faut en être conscient. N’es-tu pas de mon avis ?

-  Bien sûr. J’aime ta façon de voir la vie. Tu es cool, tu ne te prends pas la tête.

-  Ma manière d’exister et de penser est renforcée par la maladie. Que me répondrais-tu si je te disais que j’ai une maladie plus grave que la myélite ? 

-   Je crois que je te plaindrai, c’est tout ! 

-  Je n’ai pas une myélite mais une sclérose en plaques ».

Elle reposa la tasse de café qu’elle avait dans les mains, baissa doucement les paupières comme si elle déroulait les rideaux d’une maison à cause d’une violente bourrasque.

- Je suis désolé pour toi. C’est une maladie que je connais peu. Je sais qu’elle est grave. Mais ça ne changera rien à notre relation. 

Je l’envisageais ainsi. Du moins, je le prévoyais comme cela. La myélite se transformait mais Thierry conservait son entité. Nous ne nous sommes guère étendus sur la maladie. Elle était soi-disant pressée. Nous nous sommes quittés dans l’orage d’un après-midi et je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. Une dizaine de fois je l’ai contactée mais il n’y avait aucune issue. Elle était très occupée et n’avait aucun moment à me consacrer. Peut-être que l’orage l’avait traumatisée ! Ou autre chose...

Il existe toutes sortes d’indifférence à la différence. C’est malheureux mais il y a des personnes qui ne désirent pas voir ce qui n’est pas conforme, l’ignorent, le montrent du doigt ou s’en écartent. Pourtant, nous sommes tous logés à la même enseigne.

Depuis, j’ai fait énormément de tentatives de rencontre. J’en suis devenu un fervent gourmand. J’accroche les gens par un sourire et aussi par mes poèmes. Si la personne en question apprécie mes poésies, c’est presque gagné d’avance car elle aime ce que je suis et non pas ce que je pourrais être. Différence primordiale lorsqu’on est à moitié valide. Puis les gens qui sont sensibles aux mots que j’écris apprécient forcément les sentiments et se fichent des apparences. Je ne dénombre plus les poésies que j’ai étalées pour les unes et pour les autres en raison de leur délicatesse, d’un événement fâcheux ou heureux dans leur existence. Toutes avaient inspirées l’encre de mon cœur.

 Et elles étaient inspirées par ce que j’étais ! Quel bonheur ! Ainsi, je connus Frédérique, Catherine, et les autres...

 

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