des sorties appréciées

 

 

 

 

(...)La lumière des spots coloriait le salon et la musique balançait le corps des enfants au milieu de la pièce. A la première soirée, mes jambes s’étaient emballées. Cette fois-ci, ce n’était pas le cas. C’était déroutant mais à la longue, on s’habitue ou plutôt on s’accommode. Il est très difficile de s’accoutumer à l’imprévu ! Laurence sagement assise à mes côtés, était silencieuse et mal à l’aise. J’essayais de rester le plus naturel possible face aux sottises douteuses qui me rappelaient quelquefois mon problème d’érection. L’ambiance qui m’enveloppait était pour moi comme une brise de fraîcheur. J’oubliais complètement tous mes ennuis de santé. Le rire et l’amitié équitablement partagés sont un antidote efficace contre les soucis. Personne encore ne supposait que j’étais malade. Nous passions tous une bonne soirée entre gens sans problèmes. Vers minuit, Laurence me donna un coup de coude pour me faire comprendre qu’elle avait envie de partir. Je serais volontiers resté plus longtemps mais je n’ai jamais su trop m’affirmer. Alors, je décidai de faire ma révérence et quelle révérence ! Nous nous levâmes de table et perdant l’équilibre je m’écroulais sur le sol froid. Tout le monde s’esclaffait, moi y compris. Alain jugea que j’avais trop bu et il me le fît remarquer. C’était un comble pour moi qui ne bois pas une goutte d’alcool ! Je me servis quand même de cette excuse pour ne pas étouffer les éclats de rire. Alain ne sera pas le seul à traduire mon déséquilibre par un abus d’alcool. Quand les gens que je croise me voient tituber, je déchiffre instantanément l’étiquette de jeune ivrogne qu’ils m’appliquent sur la tête. Au début, mon déséquilibre ne se discernait pratiquement pas. Maintenant qu’il s’est un peu plus accentué, je surprends les gens qui m’aperçoivent vaciller. Le langage des yeux ne trompent pas. Aussi différents soient-ils, j’ai devant eux le drôle de privilège de ne pas passer inaperçu.

A partir de cette soirée je décidai d’expliquer à Régine pourquoi je m’étais affalé ce soir-là. Elle me fit répéter plusieurs fois mes aveux. Ses yeux bleus roulaient comme les vagues d’un océan déchaîné. Elle n’aurait jamais pu imaginer une seule seconde ce que je lui racontais. Mes fous rires incessants, mes attitudes quotidiennes, ma désinvolture et mon tempérament en général camouflaient ma santé déficiente. D’autant plus qu’à cette époque, je parvenais à marcher normalement. Elle admirait ma manière de réagir et me félicita pour mon comportement positif. Elle me demanda quelques éclaircissements sur la maladie car elle ne la connaissait que de nom. Et enfin, comme si elle s’aventurait sur un terrain miné, me fit part de son projet d’aller en discothèque avec les amis du stage.

« J’aimerais que tu viennes aussi, tu crois que ce sera possible ? »

Mon cœur palpitait de joie. Moi qui adorais la musique et les pistes de danse, moi qui avait été écarté des plaisirs de la vie pendant une longue période, je ne risquais pas de refuser une telle proposition. Le soir venu, j’emmenai tout mon monde vers les lumières tamisées d’une discothèque que j’avais fréquenté dans mon adolescence. J’avais la délicieuse impression de faire un retour en arrière et surtout de revivre.

Laurence ne m’avait pas accompagné car elle n’apprécie pas ce genre de sortie ; elle m’avait quand même souhaité de bien m’amuser. Et c’est ce que je projetais de faire.

Avant d’accéder à l’entrée, nous devions traverser le large parking et descendre cinq marches. Maintenant, dès que j’aperçois des marches, je les compte toujours. Elles sont ma hantise. J’étais tellement ému que Régine me tendit son bras pour aborder les escaliers sans fracas. Les autres amis me regardaient stupéfaits.

« Ce soir, Régine est ma maîtresse, il faut qu’elle m’offre son bras, noblesse oblige. » Ma boutade coupa court à toute question, nous étions là pour nous éclater et j’insufflais le ton de la soirée. J’avais insisté pour que l’on réserve une table car je voulais être sûr de pouvoir m’asseoir au cas où mes jambes s’affoleraient. Sur la piste de danse les premiers arrivés se balançaient timidement sous « les sunlights des tropiques » de Gilbert Montagné. Mes jambes n’avaient pas encore pris la mesure, elles avançaient dans un charleston improvisé par elles seules. J’étais impatient d’accéder à notre table afin de m’asseoir. Il n’existe pas de meilleur remède qu’une chaise pour vaincre la folie de mes jambes. Pourtant l’envie de danser immédiatement remontait de mes tripes. La musique qui sonnait frappait dans mon corps pour l’ensorceler. Il traduisait par des mouvements les rythmes qui battaient. Il exigeait de se défouler comme avant, de s’exprimer comme un orateur prend la parole. En attendant, je regardais se déhancher mes amis. Les bras se levaient, les cheveux volaient, les pas s’alternaient suivant la cadence d’un jerk. J’admirais, j’enviais et je dansais dans ma tête. Avant j’aurais été le premier sur la piste de danse, me trémoussant jusqu’au bout de la nuit à tremper ma chemise. Maintenant, j’existais à travers mes yeux. Je m’imprégnais de la chaude ambiance. Je prenais le temps de l’apprivoiser afin que je sois vraiment à mon aise. Enfin, quand mes émotions s’apaisaient, que j’étais conscient de faire partie du décor, je rejoignais mes amis. Mes foulées étaient hésitantes mais je bougeais quand même sur la mesure des chansons. Mon corps ne s’extériorisait pas comme avant, se tortillant de tous les cotés mais je dansais et c’était une réussite. Entre deux danses, j’allais me reposer. Puis je retournais sur la piste. Je profitai au maximum de la soirée et quand nous partîmes, j’étais épuisé. Mes jambes ne trépidaient plus comme au début. J’embrassai tous mes amis avec fougue et joie. Ils n’interprétaient sûrement pas de la même manière l’euphorie qui inondait mon cœur mais seul le résultat comptait. Nous nous promettions de remettre une nouvelle sortie dans quinze jours tellement la première s’était déroulé avec succès. Le lendemain, à midi, j’avais acheté un grand bouquet de fleurs pour remercier Laurence de m’avoir permis de sortir. J’aurais préféré qu’elle vienne. Néanmoins, j’appréciai sa compréhension et son indulgence.

Quinze jours après, je me retrouvai avec les mêmes amis dans la même discothèque mais la soirée ne se déroula pas de la même façon. J’étais rentré dans le night-club plus décidé que la première fois, mes jambes restèrent sages pour me mener à la table que nous avions réservée. Mais je fus incapable de danser une seule fois. Chaque fois que j’amorçais un pas, mes jambes me secouaient pour me faire comprendre dans leur singulier langage qu’elles avaient décidé de me priver de ce plaisir. Toutes mes tentatives furent des échecs. Mes amis ne cessaient de m’appeler afin de les rejoindre. Je prétextais que je m’étais foulé la cheville comme souvent pour me sortir de mon embarras.

Le visage et les lèvres détendus, j’arborais le sourire d’un jeune homme en attente mais mon cœur pleurait pareil à un enfant qui est interdit de dessert. Heureusement qu’un ami me tenait compagnie. Cette nuit là, il avait opté pour la bouteille à la place de la danseuse ! Toute la soirée, j’ai bavardé avec lui promenant régulièrement mon regard sur la piste de danse. J’atténuais ma frustration avec le flot de ses paroles qu’il mêlait avec les relents de l’alcool et nous partions dans des délires légers qui me faisaient beaucoup rire. Ma sortie n’était pas totalement gâchée et c’est ce que je retenais.

Mettre de côté les larmes pour ne se souvenir que des sourires devînt pour moi un réflexe qui me soutenait. Ce ne sera pas toujours évident d’aller de l’avant. Il s’agit d’un très long apprentissage, une leçon interminable que je dois savoir par cœur dans mon propre intérêt. L’amertume n’a aucune odeur. Elle ne s’évapore jamais complètement. C’est pour cela qu’il subsiste constamment des stigmates de mes larmes. Mais ils sont moins lancinants qu’au début(...)

 

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Commentaires (2)

1. ange29 30/03/2008

voilà je suis arrivé a la fin de ton histoire et je ne crois pas que j aurais pu lire la page suivante tellement j ai les yeux qui brulent par les larmes qui coulent sur mon visage.Je ne regrette pas d avoir passé mon week end dans la lecture .bisou ange29

2. jocelyne 30/03/2008

tu sais il faut oublier des plaisirs qu'on avait avant d'avoir cette farceuse

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